Christian Huguenin

07 décembre 2011

Attendre ne règle rien

C’est comme quand on vit en couple. Les problèmes doivent pouvoir être débattus pour avoir une chance d’être réglés. L’adage qui dit que le temps fait bien les choses ne fonctionne pas lorsqu’on adopte le silence comme mode de communication. Dans ce cas-là, le temps qui passe devient alors notre plus fidèle ennemi. Ceci est la règle no 1.

La règle no 2 consiste à choisir de débattre des véritables problèmes pour espérer les comprendre. Car lorsqu’on évite soigneusement de discuter des enjeux avérés en empruntant des chemins forestiers propices aux nids de poule et à la contemplation, on a toutes les chances d’arriver à débattre de tout sauf de ce qu’il faudrait !

Je considère cet attentisme comme de la pure provocation associée à une certaine lâcheté. En ramenant le débat sur le chemin de la politique européenne, j’en arrive à la conclusion que les politiques souffrent essentiellement d’un manque de courage évident.

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce qu’il y a à gagner en maintenant tant de pays sous perfusion ? La Grèce et l’Italie devraient pouvoir restructurer leurs dettes immédiatement car elles sont simplement devenues trop importantes. « Grâce » à l’attentisme et à la « gentillesse » de la zone Euro, ces pays ont reçu le droit de continuer de vivoter, de tomber en récession, d’appauvrir leurs peuples avec en sus une perspective d’avenir… mais quelle perspective d’avenir ?

American Airlines a annoncé il y a peu sa mise en faillite sous le fameux Chapter 11. Voler avec une enclume fixée sur le fuselage n’est pas évident. Les dirigeants l’ont compris. Les actionnaires de la compagnie perdront tout. Une grosse souffrance certes mais qui permettra à cette société de pouvoir reprendre son envol d’ici à quelques mois en s’en trouvant libérée du poids d’une dette devenue insupportable.

Plus on attend en Europe, plus le risque d’éclatement se précise, plus le chaos se dessine de façon incontrôlée. Plus on attend, plus le risque d’utiliser des pavés pour communiquer augmente…

Dernière chose. L’action coordonnée des banques centrales la semaine dernière ne peut mener que sur un chemin forestier. On évite de traiter le véritable problème. La seule utilité de cette mesure s’apparente à augmenter la dose de morphine dans la perfusion.

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30 novembre 2011

La guerre comme issue ?

Bien qu’il soit politiquement incorrect d’amener le sujet sur la table, il convient pourtant d’oser regarder l’avenir proche sous cet angle-là : la guerre. Difficile cependant de dire de quel genre de guerre il pourrait s’agir. Deux scénarios peuvent être pris en considération.

Premièrement, la probabilité d’une guerre économique entre la France et l’Allemagne me semble assez élevée. La présidence française, vantant depuis 4 ans le modèle allemand dès que l’occasion se présente, réalise peu à peu qu’elle s’éloigne de son voisin. Contrairement aux Allemands, les Français sont entrain de sombrer. Plus les mois passent, plus ils se montrent enclin à décrier l’intransigeance allemande qu’ils vénéraient il y a encore quelques semaines.

Le fossé entre les deux géants européens continuera de s’agrandir dans les mois qui viennent car les Français sont en retard dans beaucoup de domaines. Un simple exemple : VW a implanté sa première usine en Chine 10 ans avant les constructeurs français. Et dans le contexte actuel, c’est beaucoup.

Deuxièmement, une guerre par les armes redeviendra inexorablement sur le devant de la scène au vu de la répartition des richesses. Pendant combien de temps la jeunesse espagnole acceptera de manifester pacifiquement ? Ces jeunes ne possèdent rien. Pas d’argent, pas de foyer, pas de travail. Le seul droit qu’ils ont est de se taire. Mais ce qui leur manque le plus, c’est l’espoir ! Et quand on a rien, qu’on est désespéré, voulez-vous me dire ce qu’ils auraient à perdre en prenant les armes ? Absolument rien.

Tout est réuni pour que l’Europe renoue avec les heures sombres de son histoire.

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23 novembre 2011

La paralysie américaine est bonne !

Cela fait quatre ans que j’écris la même chose. Quatre ans que je partage avec vous vers quoi l’on va. On veut bien prendre conscience que l’on ne peut pas continuer comme cela. On veut bien admettre que le système financier pourrait s’effondrer. On veut bien entrevoir que l’on ne pourra pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens en perpétuant l’endettement excessif. Mais d’un autre côté, on espère encore que tout se poursuivra comme avant…

Dernier exemple en date : la parodie de rencontre du Super Comité américain censé s’entendre sur des réformes de leur politique fiscale. Comme prévu, Démocrates et Républicains ne se sont pas entendus et c’est tant mieux. De par leurs actions systématiques de blocage, les Républicains contribuent à l’accélération du déclin de leur propre pays. Vous connaissez mon avis : plus vite le système s’effondrera, plus vite surviendra la chance de pouvoir renaître différemment.

En Europe, nous en sommes à l’avant stade de la capitulation. Et pour l’instant, nous nous trouvons toujours derrière l’infernale locomotive américaine. Si la BCE devait enfiler son costume de grand sauveur en imprimant massivement de la monnaie, L’Europe rejoindrait alors les Etats-Unis dans la folie de la monétisation de la dette. En cas d’absence de rigueur budgétaire, ce qui est le cas actuellement, le dollar et l’Euro verraient alors à coup sûr poindre la même issue : leur mort certaine ! Pour une fois, l’Europe et les Etats-Unis pourraient franchir ensemble la ligne d’arrivée.

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05 novembre 2011

Pourquoi tomberons-nous en récession ?

A vrai dire, n’importe quel esprit éclairé pourrait répondre à cette question. Ce qui m’étonne et dont je m’amuse, c’est que les politiques européens et américains continuent de dire le contraire. Pour eux, tout demeure possible. On remboursera les dettes et en même temps, la croissance repartira et le chômage ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Avec des mots, on peut tout faire… même se faire réélire !

De grâce cessons de rêver. Lorsque je regarde ma fille s’amuser avec sa balle magique, il ne lui viendrait à aucun moment l’idée de vouloir la rattraper avant qu’elle ne tape le sol. Aucune chance de rebondir. Le jeu deviendrait vite lassant.

Ma fille a compris cela. Les politiques feraient bien de s’inspirer de ce simple exemple et d’arrêter de penser aux prochaines élections. Tout ce qui a été entrepris jusqu’à présent n’a servi qu’à empêcher que l’on touche le fond. A présent la balle est par terre… immobile, alourdie par tant de décisions stupides prise depuis 2008, et plus personne ne sait comment la faire rebondir.

L’avenir très proche s’apparentera à des faillites d’Etats, à une longue période de récession ou au mieux de croissance zéro ainsi que d’un chômage élevé. Cela va-t-il durer longtemps ? Heureusement oui, le temps aux Européens et Américains de prendre conscience qu’il est temps de remplacer le mot « rêver » par « payer » dans leur vocabulaire.

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22 août 2011

L’impuissance des moyens

En quelques semaines, des sommes considérables ont disparu de la surface dela Terre, absorbées par le tourbillon financier qui frappe les marchés mondiaux.

 Parallèlement à ce désastre, l’Afrique se meurt une fois de plus, avec des images insoutenables d’enfants souffrant de malnutrition, blottis dans les bras de mères au regard dévasté par le désespoir.

D’autres en revanche croient qu’ils possèdent de vrais problèmes à régler. M. Sarkozy se trouve à quelques mois des élections avec comme dilemme une équation à trois inconnues : comment se faire réélire à la présidence tout en défendant le rating triple A dela Francesans pour autant se mettre à dos son propre peuple en prenant des mesures impopulaires.

Les marchés financiers seront dévastés car ils sont le miroir d’un modèle économique dépassé, basé sur une demande et une croissance qui appartiennent à l’Histoire. Ils ignorent encore la finitude de notre Terre et prennent en considération des besoins qui sont devenus parfaitement inutiles.

Quant au peuple africain, il continuera de souffrir le martyre tant qu’il continuera à avoir peur de sa propre indépendance et de remettre les clés de ses vastes richesses aux pilleurs étrangers.

Malgré son dynamisme et son courage, M. Sarkozy tente encore de faire croire au monde que son pays représente autre chose qu’un amas de dettes emballé dans un papier scintillant.

 Je constate qu’envers et contre tout, le monde continue de lutter contre ses crises. Il ne veut ni les accepter, encore moins les comprendre, si révoltantes soient-elles. Il préfère encore engager des moyens considérables pour masquer ses propres manquements. Mais je comprends M. Sarkozy. Il n’est jamais agréable d’être contraint de déposer les armes et de s’avouer une des pires tares de l’existence : l’impuissance.

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11 août 2011

Le monde a faim.

Le printemps arabe a eu lieu. La corne de l’Afrique équivaut actuellement à vivre le ventre vide. Dans les deux cas, la mobilisation a été dictée soit par la difficulté de disposer de suffisamment d’argent pour acheter à manger, soit parce qu’il n’y avait rien à se mettre sous la dent.

On accorde à mon goût beaucoup trop d’attention aux événements économiques qui secouent l’Europe et les Etats-Unis. La chute des bourses et la crise de la dette entraînent une autre conséquence bien plus grave. Mon regard se tourne en direction dela Chineet surtout de l’Inde. Ces deux pays composent depuis plusieurs mois avec une inflation très élevée que les banques centrales n’arrivent simplement pas à maîtriser. Qui a relevé que la banque centrale indienne a dû relever ses taux de 50 points de base tout récemment au lieu des 25 prévus ?

Les bourses en déroute poussent les « investisseurs » à se ruer sur les biens de première nécessité, poussant le prix de ces derniers à des prix exorbitants. Que se passera-t-il lorsque l’Indien ou le Chinois ne pourra plus se payer à manger ?

Le printemps arabe et le drame de la corne de l’Afrique nous auront alors servi uniquement de hors d’œuvre. A la faim je ne connais qu’une issue : la guerre.

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08 août 2011

Le pouvoir de l’impuissance

L’illusion du pouvoir fascine. Elle permet de croire que l’homme peut décider de tout en tout temps. Or il n’en est malheureusement presque rien. M. Hildebrand (BNS), imprimeur de monnaie qualifié, pense lui aussi pouvoir changer le monde en activant désespérément sa planche à billets. De nos jours, l’inaction ne colle pas à notre mode de fonctionner. Il faut toujours « faire » quelque chose, démontrer qu’on prend les choses en mains, qu’on tente quelque chose, quitte à faire n’importe quoi. Maintenir l’illusion qu’on maîtrise quelque chose représente pourtant le contraire des formidables capacités humaines.

Cela fait plus de deux ans que je m’exprime régulièrement sur le crash programmé qui nous attend. Il est en route et rien ne pourra l’arrêter. Ni les économistes et encore moins les politiques ne pourront exercer une quelconque influence sur les événements. Plutôt que de vouloir nager à contre-courant et de tenter désespérément de freiner l’inéluctable, ne vaudrait-il pas mieux préparer le monde de demain en acceptant simplement ce qui est ? Accepter cela représente déjà l’essence du renouveau. Il est la base de la reconstruction car nous n’aurons pas le choix. Nous devrons nous réinventer et puiser en nous la créativité qui sommeille. Peut-être aurons-nous besoin d’une 3ème guerre mondiale pour en prendre conscience.

Les tagueurs qui s’en prennent aux façades de privés pour exprimer leur art sont en fait une excellente image de notre société. Comment les en blâmer ? Nous exprimons en général notre créativité au détriment d’autrui. Il y a presque toujours un gagnant et un perdant. A quand l’épanouissement de chacun dans la beauté et le respect d’autrui ? En attendant, ce sont encore l’illusion du pouvoir et de la richesse éphémère qui nous guident…

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08 novembre 2010

Moi Christian, onze ans

Il est 18h45 et comme souvent lorsque je rentre à la maison à cette heure, je n’y trouve personne. Pour ma grande sœur, c’est soirée gym. Quant à papa, sérieux, très affairé, engagé et responsable, il siège ce soir dans la commission qui doit définir la couleur des meubles des nouveaux bancs d’école. Le post-it collé sur le frigo dit ceci : « Mon chéri, comme personne n’était à la maison pour garder ta petite sœur, je l’ai emmenée avec moi chez la coiffeuse en sortant du boulot. Gros bec. Maman ».

J’allume le four et pendant que mon bout de pizza se réchauffe, j’enclenche mon téléphone portable pour y visionner la dernière vidéo qui fait fureur dans le préau. C’est la nouvelle star de la chanson française : elle s’appelle Miche Haller. Avec les copains, on adore la voir s’approcher à quatre pattes du pot d’échappement de sa grosse américaine rose et simuler une fellation. En même temps, j’allume l’ordinateur pour y visionner la nouvelle vidéo de la marche des zombies de Seattle à l’occasion de la fête d’Halloween. C’est génial, ils finissent tous par s’automutiler dans une marre de sang !

« Coucou chéri, c’est maman. Tu as passé une bonne journée ? » Que vais-je répondre à cela ? De toute façon, elle me pose toujours cette question non pas car elle s’intéresse à moi, mais plutôt pour se rassurer elle-même que tout va bien. Comme d’habitude, tout en prenant soin d’éteindre mes écrans, je lui raconterai que je vais bien. De toute façon, elle n’a pas le temps de m’écouter.

Quand je serai grand, je ferai le métier le plus facile au monde : je serai parent. Ainsi ne serai-je responsable de rien. Et s’il devait un jour arriver quelque chose à mes enfants, j’accuserai volontiers l’Etat, le maire, les profs, le président de la société de pêche, le garde-bain, le concierge de l’école, la nouvelle structure d’accueil des enfants de mon village d’être tout bonnement responsables de tout ce que ne suis pas fichu d’être ! C’est tout simple je vous disais…

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09 septembre 2010

Les mirages ne peuvent qu’être éphémères

Je m’amuse à constater qu’un débat existe encore quant à la révision de l’assurance-chômage (AC). Non que celui-ci manque d’intérêt, mais simplement parce qu’il ne devrait pas avoir lieu. On ne traite malheureusement que le symptôme, sans aborder sérieusement la cause du problème.

En remontant la corde en direction de la cause, on pourrait penser que le débat fait une halte intermédiaire afin d’aborder l’endettement abyssal du fond de chômage. Zut, ce n’est toujours pas le véritable débat qu’on aborde. Mais quel est-il donc ?

En s’attaquant à la révision de l’AC, on décide en fait d’ouvrir tout grand la fenêtre sur la société d’assistanat qui prévaut. Cette société altérée et statique, qui nous a rendus dépendants de l’Etat et des institutions, ne représente rien d’autre qu’un mirage apparu dans le désert que nous tentons de faire perdurer tant bien que mal dans le temps. Chacun sait pourtant que les mirages sont éphémères. En disparaissant soudainement, ils nous invitent très vite à nous reprendre en mains… sous peine de mourir de soif !

En choisissant le (trop) lent démantèlement des aides royales et autres privilèges en tous genres dont nous sommes encore bénéficiaires aujourd’hui, nous avons choisi d’accepter de souffrir très gentiment durant très longtemps. Que la révision de l’AC soit acceptée ou non ne change finalement pas grand-chose. Nous nous dirigeons petit à petit, qu’on le veuille ou non, vers un retour à une certaine précarité, ce qui me réjouit car elle favorisera à terme l’émergence bienvenue de la prise de responsabilité individuelle.

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05 août 2010

Vive la rentrée !

C’est la même rengaine à chaque rentrée n’est-ce-pas ? De retour au boulot, chacun débute joyeusement sa journée en consultant le calendrier afin de déterminer la seule chose qui compte vraiment : à quand les prochaines vacances ?

Heureusement que la déprime ambiante cède très vite le pas au partage. Eh oui… les collègues eux aussi ressentent la même chose. Les questions émergent alors timidement et chacun se demande pourquoi il travaille. Reviennent à chaque fois les questions de sens, la notion de responsabilité, le devoir, les obligations et les impondérables auxquels on n’échappe pas.

Finalement, le peu de vacances dont nous disposons ont le mérite de nous éviter de jouir de temps de réflexion. Le timide appel de la petite voix qui tente désespérément de se manifester durant les vacances s’en retourne très vite au placard. C’est mieux ainsi.

Car finalement, être très occupé nous rend bien service. Le patronat se montre tout content de disposer d’une main d’œuvre avide d’être dirigée, alors que de l’autre côté, les salariés témoignent leur joie en remplissant docilement les missions qui leur sont confiées car ils y trouvent aussi leur compte. Ils sont occupés et donc quitte de penser.

Donc vive la rentrée des classes et pour les bonnes résolutions, ce sera sans doute pour la prochaine fois.

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